Un timbre : Mercure
Ce qui peut arriver à un timbre au cours de son histoire.

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L’impression

Publié le dimanche 25 mai 2014 , mis à jour le samedi 28 juin 2014

L’imprimerie des timbres postes s’installe en 1895 au 103 boulevard Brune. C’est là qu’ont été imprimés presque tous les Mercures, quelques-uns ayant fait un petit voyage à Limoges pour cause de guerre.
L’imprimerie quittera Paris pour s’installer à Boulazac dans la banlieue de Périgueux en 1970.

 

Les presses

A l’époque de l’impression des Mercures, 17 presses rotatives de type Chambon numérotées de 1 à 17 sont utilisées.

Certaines de ces presses ont été spécialisées à des périodes données. Ainsi la presse 1 n’a servi que pour les roulettes jusqu’en 1942 date à partir de laquelle, elle imprime des planches, ou les presses 12 et 13 qui n’ont été utilisées que pour les carnets.

Le numéro de la presse figure dans l’inter-panneau des planches. Généralement dans la partie basse de la feuille.
Les Mercures ont mobilisé toutes les presses sauf les 12, 13 et 14 pour leur impression.

prese 1 prese 2 prese 3 prese 4 prese 5
prese 6 prese 7 prese 8 prese 9 prese 10
prese 11 prese 15 prese 16 prese 17

 

Il arrive que suite à un problème non expliqué, le numéro de presse soit absent de la feuille.


Cette bande du 657 est extraite d’une feuille M du 1er tirage de M+J du 22 février 44 (feuille paire). Il n’y a pas de trace de foulage à l’emplacement du numéro de presse. J’ai vu une feuille paire du même tirage du 24 février qui, elle, portait bien le numéro de presse 3 en bas de feuille.

 

En 1939, face aux menaces de guerre, l’imprimerie déménage à Limoges.
Le dernier timbre est imprimé à Paris le 4 septembre 1939. Quelques presses sont démontées et déménagées. L’impression reprend à Limoges le 19 septembre. Elle se poursuivra jusqu’au 24 août 1940 avec une interruption du 14 juin au 22 juillet pour cause d’avance Allemande. Puis re-démontage, retour à Paris, remontage et reprise de l’impression le 17 septembre 1940.
Au cours de cet épisode des presses numérotées 1, 2, 3, 4, 5, 10, 15, 16 et 17 seront utilisées. Les numéros ne correspondent pas à leur numéro d’origine

Ainsi, la planche I+J du 70 c s’est vu d’abord imprimée à Paris du 17 août au 2 septembre 1939 puis à Limoges du 19 septembre au 30 septembre 1939.

Le 1er tirage des I+J a commencé à Paris pour se terminer à Limoges un mois plus tard.
Le K+L célèbre pour son coin supérieur droit coupé a été entièrement imprimé à Limoges.

 

Les dateurs

Deux dateurs, un pour chaque feuille, sont fixés sur un bloc d’impression différent de celui du timbre. De ce fait ils ne sont pas affectés par le tirage des timbres successifs sur une presse. On peut donc trouver des dateurs associés à une même presse sur de longues périodes.

De 1922 à 1946, cinq types principaux de chiffres ont été recensés, notés de I à V. Au fil du temps des types secondaires sont apparus (II bis, V bis). Les deux dateurs d’une même presse peuvent avoir des types différents.

Les dateurs sont composés de 4 couronnes en acier avec 12 positions sur chaque. La première a été gravée avec – 1 2 3 – 1 2 3 – 1 2 3. La deuxième avec 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 et 2 rectangles pleins avec le point après le chiffre. La troisième de 1 à 12 avec le point après. La quatrième avec 12 années en suivant.
Ces dateurs ont pu être démontés et remontés en mélangeant les couronnes des différentes périodes, ce qui explique les différences de types de chiffres.

Le Mercure a utilisé des chiffres de type I, II bis, IV, V et V bis.

 

Le type I

Les chiffres ont 4mm de hauteur, les points de séparation sont petits et le plus souvent carrés et les 3 ont une tête plate.
Chiffres I

On le rencontre pour la première fois sur mercure sur le 25c vert (411) le 8 août 1938.

 

Le type II bis

Les chiffres des jours et des mois de type II ont 4 mm ½ de hauteur les 3 ont une tête ronde et les 7 une petite barre verticale à gauche. Les années sont de type I.
Chiffres II

On le rencontre pour la première fois sur le premier Mercure imprimé, le 5c rose (406) le 20 juillet 1938.

 

Le type IV

Les chiffres ont 4mm de hauteur le chiffre 3 à une tête plate les points sont gros et ronds.
Chiffres IV

On le rencontre pour la première fois sur Mercure sur le 20c lilas (410) le 24 Aout 1938.

 

Le type V

Les chiffres ont 4mm 1/4 de hauteur, les points sont gros.
Chiffres V

On le trouve associé sur la même presse au chiffre I. Sa première apparition sur Mercure, sur le 30 centimes rouge (412), date du 15 février 1939.
412 A B A

Le type V bis

Les chiffres des jours et des mois sont au type IV et ceux des années au type V.
Ce type est apparu pour la première fois le 4 janvier 1943 sur le 30c rouge postes (547).

 

Dans un même coin daté, il est possible d’avoir deux formes de chiffres différents pour des chiffres II bis.

Deux coins datés apparemment semblables sans marque distinctive, de la même date, peuvent avoir des chiffres différents si la presse porte des dateurs dissemblables. Par exemple le 50c turquoise planche N+N avec des chiffres IV et V bis (ici sur papier brun). Notez la forme des 4 différente d’un coin daté à l’autre.

 

L’identification des tirages

Chaque feuille porte en bas à droite sa date d’impression. Rapidement le Baron de VINCK de WINNEZEELE s’est aperçu que les feuilles portaient des signes distinctifs permettant de les identifier.
Une collection ne pouvant se baser sur des feuilles entières, il s’est concentré sur les coins portant la date. Bien que le plus souvent seul le timbre de coin suffise, la coutume s’est rapidement portée sur le bloc de quatre. Dans certains cas, il n’est pas possible de distinguer entre elles des feuilles pour lesquelles les différences apparaissent à d’autres endroits (voir article Galvano).

La classification des tirages a été théorisée au début des années 30.
"En principe, nous appellerons tirage une période au cours de laquelle la planche a été utilisée tous les jours, sans interruption sur une même presse.
Dans un but de simplification, nous avons parfois réuni plusieurs tirages en un seul en leur donnant le nom de parties d’un tirage. Mais cela seulement quand les chiffres sont au même type et lorsque l’interruption de l’impression n’a pas durée un mois
" (L’impression des timbres français par les rotatives, le baron de Vinck de Winnezeele)

Ce principe conduit à quelques curiosités comme le 1er tirage du 70c I+J décomposé en deux parties, la première à Paris et la seconde à Limoges (voir plus haut)

Cette classification systématique sur des caractéristiques physiques n’explique pas les raisons du tirage et en l’absence des journaux d’atelier, ne permet que de constater la présence ou non d’une date. La réalité est un peu plus complexe, les timbres étant souvent tirés pour un besoin précis, parfois en très faible quantité. En période de pénurie de papier, les stocks d’avance se limitaient au strict nécessaire.

Les dateurs étant mis à jour chaque matin, des erreurs peuvent se produire. On ne peut les détecter que si elles conduisent à une incohérence : année ou mois en dehors du tirage, jour n’existant pas (39 janvier) ou correspondant à un dimanche ou jour férié.
Encore faut-il faire attention aux circonstances historiques :
Jusqu’au 19 août 1939, le régime travaillé est celui mis en place par le Front Populaire de la semaine de 40 heures sur 5 jours. Les Décrets-Lois pris à partir de novembre 1938 le suspendent provisoirement pour trois ans. On revient à six jours travaillés et à une majoration très faible des heures supplémentaires. Le régime de Vichy portera la durée maximum de la semaine jusqu’à 60 heures pour les activités stratégiques. Bien que rétablies en 1946, la durée effective du travail ne décline qu’à partir de 1963 et les 40 heures ne deviendront réalité qu’au début des années 80.

Le premier mai ne devient jour chômé qu’à compter de 1942.
Pour soutenir l’effort de guerre, quelques dimanches et jours fériés de 1939 et 1940 seront travaillés : les dimanches 24 septembre, 1er et 10 octobre, la Toussaint et le 11 novembre1939 ainsi que l’Ascension et le lundi de Pentecôte 1940.

Dans l’ordre, le 1er mai 39, le dimanche 24 septembre 39 et le 11 novembre 39

 

La durée des impressions

Les presses Chambon sont données pour fonctionner à 25 tours minute. Soit un potentiel de 3000 feuilles à l’heure.
Donc en partant des tirages, il est possible de connaitre le temps utile d’impression.
Par exemple le 1 centime tiré à 41,41 millions d’exemplaires soit environ 415 000 feuilles a nécessité 138 heures de tirage (18 jours de 8 heures). Pourtant on connait des coins datés de 32 jours différents répartis en cinq tirages.

L’impression correspond à une commande précise. Selon les quantités requise, plusieurs presses peuvent être mobilisées simultanément.
Il faut donc tenir compte du fait que pour certains tirages, il n’a été imprimé que le strict nécessaire et considérer les contraintes liées à l’imprimerie.

Chaque changement de tirage oblige à démonter une partie de la presse pour monter les nouveaux cylindres, puis à effectuer les réglages avant d’être opérationnel.

Chaque jour une heure est consacrée à la mise en marche et au nettoyage : il faut le matin remettre en encre et le soir tout nettoyer avant de partir.

Le papier de cette période est d’une qualité très discontinue avec des épaisseurs variables. Une bobine a un diamètre maximal imposé par la hauteur du porte-bobine de la presse et peut donc avoir des métrages variables. Une bobine de papier ne permet de tirer que 10 à 12 000 feuilles. Il en faut au moins deux par jour et chaque remplacement prend plus ou moins un quart d’heure selon le conducteur et son équipe.

Pour des raisons souvent inexpliquées (qualité, défaut, réglage, …) le papier peut casser il faut alors remettre tout en place et régler à nouveau.

Le tirage de deux timbres différents le même jour sur la même presse est possible, mais dans ce cas la quantité de chacun est très faible.

 

Les variétés de coins datés

Les variétés peuvent se nicher à trois endroits :
- les chiffres peuvent être malvenus ou mal alignés
- la date peut ne pas correspondre au jour d’impression
- les barres des timbres peuvent se déguiser en un autre tirage.

La date est une information technique pour laquelle il n’est pas apporté de soin particulier. Il est courant de trouver des chiffres empâtés ou très peu encrés ainsi que des mauvais placements : Dans le cas du 20c pré-oblitéré, c’est une tache parasite sur le premier 1 de la date du D qui persistera jusqu’au 18.

 

Les dateurs étant mis à jour chaque matin, des erreurs peuvent se produire. Il est possible de les repérer si la date est incohérente ou si elle correspond à un jour réellement non travaillé. Les collectionneurs de coins datés recherchent activement ces erreurs :

 

Le dernier cas, plus insidieux, conduit à des recherches sans fin de tirages inexistants.
Voici trois exemples qui illustrent le propos.

Le cas simple de ce 10c avec un point dans la barre. Cela ressemble à un coup de pointeau, mais il s’agit en fait d’un quelconque confetti. Ce qui sur le timbre aurait provoqué une magnifique variété ne produit qu’un point dans la barre.

Le cas inverse d’une absence de point là où il devrait y en avoir un.

La réponse ici est simple les chiffres du M sont de type V bis ceux du N de type I. On est donc bien en présence d’un M sans point.
En regardant de plus près (au centre) on peut voir le fantôme du point (M en haut et N en bas)
 

 

Enfin le cas de BG qui lui aussi avait découvert un galvano inconnu du 20c lilas.

Ce galvano avec un seul point à droite ne correspond pour cette date du 7 juillet 39 ni au K+L ni au M+N.

Donc un nouveau Galvano !
En fait en y regardant de plus près, il est très difficile de dire si l’on est en présence d’un coup de pointeau ou d’un corps étranger.
Les K+L on encore été imprimés jusqu’au 18 et les planches du M+N on resservi plus tard pour des pré-oblitérés.
Les K+M et les M+N sont les seuls à avoir les trois barres intactes. tous les autres 20c ont les barres du bas limées. Une erreur de date est donc très peu probable.
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Merci à Papy24 pour ses connaissances techniques et à BG pour ses documents.

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